L’Exposition universelle de Chicago, 1893
Le 1er mai 1893, le président Grover Cleveland ouvrait l’Exposition universelle de Chicago (également appelée World’s Columbian Exposition ou Columbian World’s Fair). L’exposition a été baptisée en l’honneur du 400e anniversaire de la découverte par Christophe Colomb du nouveau monde connu sous le nom d’Amérique.

Dans ce qui a été surnommé la « ville blanche1 », où plus de 200 bâtiments avaient été construits pour l’occasion, environ 27 millions de visiteurs ont pu découvrir, pendant plusieurs mois, des nouveautés destinées au grand public : la grande roue, les trottoirs roulants, les premières fermetures à glissière… Mais il y avait aussi le « hall des machines », où les industriels de l’époque exhibaient leurs fleurons. Et, dans le domaine de l’imprimerie, on pouvait assister, dans un vacarme assourdissant, à l’impression de journaux sur d’énormes machines (les presses de R. Hoe & Co., de Goss Printing, de König & Bauer…).

Toujours pour l’imprimerie, et pour ce qui nous intéresse, on trouvait également divers fournisseurs de machines à composer : Paige Typesetting Machine Co., International Typograph Co., Lanston Monotype Machine Co., Thorne Typesetting Machine Co., et bien sûr la Mergenthaler Linotype Co. On voit sur le plan que ces cinq firmes ont été regroupées dans des stands proches (Monotype en 17, Linotype en 19, Thorne en 20, Typograph en 21, Paige en 24). Une sixième machine, la Monoline, n’apparaît pas sur ce plan.

En cette année 1893, la situation pour chacune de ces six machines à composer était assez variée :
- Pour la Linotype, il s’agissait du « Modèle 1 », appelé également « Simplex Linotype », dont 6 000 exemplaires seront vendus (le tarif était de 3 150 $), et qui était déjà exportée en Angleterre et au Canada. Une machine destinée à évoluer (le changement de magasin était en particulier long et difficile), mais parfaitement productive, et déjà en service dans de nombreux quotidiens.
- La Thorne était une concurrente de la Linotype, bien que d’un fonctionnement très différent, puisqu’elle utilisait des caractères de fonderie traditionnels, au lieu des lignes-blocs, et donc était moins bien adaptée aux ateliers de presse. Mais plus de 2 000 machines avaient déjà été vendues en Amérique, et la machine était implantée en Europe. Un succès indéniable donc, pour une machine relativement simple et bon marché (1 500 $), mais qui se trouvera rapidement dépassée.
- La Rogers Typograph : mise au point en 1890, cette machine, comme la Linotype, fond des lignes-blocs, mais elle est plus simple et légère. Une concurrente très sérieuse pour la Mergenthaler Linotype Co., qui l’attaqua en justice sur la question des brevets. L’action se soldera, deux ans plus tard (en 1895) par le rachat des brevets par la Mergenthaler Co., et donc la fin de la fabrication de la Typograph aux États-Unis. Mais la machine eut quand même une belle carrière, au Canada et en Europe, pendant plusieurs décennies.
- Du côté de la Monotype, les modèles présentés en cette année 1893 à Chicago (voir la page sur Tolbert Lanston) sont encore des prototypes. Même si les principes qui feront le succès de la machine plus tard sont déjà présents, il n’est pas question cette année-là de commercialiser des machines trop lourdes, lentes. Il faudra attendre 1897 et le bon accueil réservé par l’Angleterre à cette machine pour qu’elle prenne son essor, des deux côtés de l’Atlantique.
- Quant au Paige Compositor Typesetting, il s’agissait d’un prototype (il n’y en eut que deux…) et, si son fonctionnement dut certainement captiver les passants, sa présentation à Chicago n’eut pas d’effet sur une éventuelle commercialisation : la machine restera un objet remarquable mais inutilisable.
- La Monoline se fit remarquer à cette exposition, et reçut un diplôme d’honneur. Cette machine eut une destinée assez proche de la Typograph : faisant de l’ombre à la Linotype, elle ne put s’implanter aux États-Unis, mais connut un succès appréciable au Canada et en Europe.
- Couleur due à l’enduit recouvrant la plupart des façades, et aussi à l’éclairage (électrique) permanent des bâtiments. ↩︎