Exposition caxtonienne
Il ne s’agit pas d’une « Exposition universelle », mais elle fut suffisamment importante pour prendre place dans notre série de grandes expositions.
Ainsi nommée en hommage à William Caxton qui introduisit, 400 ans plus tôt, l’imprimerie en Angleterre, cette exposition eut lieu à Londres (dans les galeries d’exposition de la Société d’horticulture, South Kensington) en 1877. La galerie supérieure exposait les imprimés, anciens ou modernes, et au rez-de-chaussée se trouvaient les machines, outils, accessoires, etc., dont bien sûr de nombreux modèles de presses (Stanhope, Colombienne, Albion, presses à pédale, presses mécaniques à cylindre…).
6 machines à composer y furent présentées: celles d’Hattersley, de Kastenbein, de Mackie, de Clowes (Mitchel), de Muller et de Heinemann (les 2 dernières n’étaient pas en fonctionnement).


Faisons un état des lieux concernant ces machines :
- Celle de Mackie, composée de 2 appareils, l’un pour perforer une bande de papier, l’autre pour assembler les caractères à partir de cette bande, était jugée assez simple et fonctionnelle. Mais elle ne justifiait ni ne distribuait. A. Mackie, à la tête d’une imprimerie et d’un journal, avait bien sûr mis en service sa machine.
- La machine Hattersley apparut assez délicate (les lettres sont guidées par des fils en caoutchouc, qu’il faut souvent remplacer), et ne justifiait pas elle non plus. Cependant, des machines Hattersley avaient déjà été installées, trois ans auparavant, dans deux imprimeries de journaux à Vienne. Cette machine anglaise fut commercialisée aux États-Unis, mais sa conception et ses performances ne lui permirent pas de perdurer après la fin du XIXe siècle.
- Le système Kastenbein représente sûrement le système le plus abouti en cette année 1877, avec plusieurs années d’utilisation au Times. Mais elle non plus ne devait pas passer le cap du siècle suivant.
- La machine Mitchel avait déjà été exposée à Londres en 1862. Elle est jugée originale mais peu pratique… En effet, l’opérateur tourne le dos à la machine et, comme celle-ci ne contient que 48 lettres, il doit très fréquemment se retourner pour prendre dans une casse séparée les caractères qui manquent et les placer sur le ruban où la composition s’assemble. Elle ne semble pas avoir été utilisée en Angleterre.
- La machine Muller, allemande, était présentée sous forme de prototype. Elle ne justifiait ni ne distribuait. Le mécanisme est jugé très beau, mais le système était lent. La machine n’a sans doute jamais été commercialisée.
- Quant au système Heinemann, allemand également, présenté sans être opérationnel, « c’est simplement une casse à rainures […] il est aussi tôt fait de prendre [les lettres] de suite à la main »…
L’article de la Typologie-Tucker qui relate la présentation de ces matériels se termine par une conclusion qui montre bien l’état d’esprit des typos d’alors, se trompant profondément sur l’avenir de la composition mécanique : « La machine à composer qui sera ultérieurement appelée à remporter le prix, dans la grande lutte à laquelle prennent actuellement part les concurrents de tous les pays, sera celle dont le fonctionnement se rapprochera le plus, par sa simplicité, du travail manuel du compositeur typographe […]. »
Réf. : L’Imprimerie, juillet 1877.
La Typologie-Tucker, juillet 1877.