Sorensen

Sørensen

Vers 1855.

La « merveilleuse machine » du compositeur danois Christian Soërensen (ou Sorrensen, ou Sørensen), présentée à l’Exposition universelle de 1855 à Paris, valut à son inventeur une médaille d’or1.

Le Tacheotyp de Sørensen

La machine, appelée aussi « Tacheotyp » se compose de 2 éléments : une table en forme de piano avec, à sa partie antérieure, un clavier alphabétique et, à son centre, un cône renversé ; un double cylindre, s’ajustant sur un cône ou entonnoir, cylindre constituant l’originalité de la machine Sorrensen et composé de 2 parties superposées. L’une, fixe (après ajustement sur l’entonnoir), est le cylindre compositeur; l’autre, engrenée sur le premier, est le cylindre distributeur.

Chaque cylindre est garni de baguettes verticales (120), en cuivre blanc, le long desquelles sont rangés les caractères, qui comportent des entailles particulières pour chaque type.

A chaque tour du cylindre distributeur, actionné à la pédale par l’ouvrier, les caractères se trouvant à l’extrémité des baguettes se trouvent face à une plaque dont la découpe correspond aux crans des caractères, et tombent donc dans le cylindre inférieur. Là, les caractères sélectionnés par le clavier sont poussés par un ressort dans l’entonnoir où il est redressé et transmis à un grand composteur où se forme une grande ligne, qu’il reste à couper et justifier.

« La machine coûte 7 000 francs. » En 1855, elle semble avoir fonctionné dans un journal de Copenhague, le Fœdrelander.

La société créée à Paris pour l’exploitation de sa machine fut dissoute en 1856, marquant l’échec de vingt années de travail acharné, et l’inventeur quitta la France en emportant son invention2.

« M. Sorrensen était un habile compositeur devenu excellent mécanicien pour réaliser son invention. La mort ne lui a malheureusement pas laissé le temps de perfectionner son œuvre […]. »

Son appareil, qualifié de « petit chef-d’œuvre mécanique », est encore mentionné parmi le matériel des établissements Ferslew (à Copenhague) vers 1880, mais « en dérangement ».

La machine est mentionnée sur le site de la Librairie royale danoise (exposition de 1996).

Voici un historique résumé de cette invention (d’après l’ouvrage d’Otto Höhne) : Christian Sorensen est né le 7 mai 1818 à Copenhague, dans une famille pauvre. A 13 ans il entra en apprentissage chez un orfèvre, puis à 15 ans chez un imprimeur. A 18 ans, doté de bonnes compétences mécaniques, il commença à s’intéresser à l’idée d’une machine à composer (et quelques années plus tard à celle d’une machine à distribuer). Sa machine suscita l’intérêt du roi du Danemark Christian VIII, qui lui accorda des fonds pour la construire. Le 29 avril 1849 il obtint un privilège pour sa machine. Mais des troubles politiques et guerriers, en 1848, contraignirent Sorensen à reprendre son travail de typographe. Il put cependant présenter son Tacheotyp à l’Exposition universelle de Londres en 1851, sans qu’elle y soit vraiment remarquée. La machine d’exposition avait été construite avec le soutien financier du baron Dircking-Holmfed, qui la récupéra ensuite pour la vendre à la ferraille. Une nouvelle fois, Sorensen dut reprendre son travail de typographe. Mais peu après J.F. Gjödvad, éditeur du journal Faedrelandet, commanda une machine pour son imprimerie, qui fut mise en service. Cette machine fut présentée, on l’a dit, à l’Exposition universelle de Paris en 1855, et l’inventeur reçut la médaille d’or des mains de l’empereur Napoléon III. Sorensen tenta ensuite d’installer sa machine dans une imprimerie parisienne, mais les ouvriers menacèrent de se mettre en grève, et la police confisqua tout le matériel, au motif que Sorensen n’était pas typographe agréé. En repartant de Paris il exposa sa machine à Brunswick et à Hambourg (contre rémunération, car il était sans ressources). Une société d’exploitation de la Tacheotyp s’était créée à Paris, avec le typographe Charles Groubenthal et le libraire Coulon-Pineau, qui se révélèrent des escrocs. L’inventeur quitta Paris, sans un sou. Des projets dans d’autres pays échouèrent. Il retourna dans sa ville natale. Deux machines furent mises en service à Copenhague. Mais, en décembre 1860, Sorensen tomba malade, et il mourut le 30 janvier 1861, six ans après avoir connu un petit triomphe à Paris.

Réf. : L’Imprimerie, 1864.
Otto Höhne, 1925.
Page Wikipédia (en allemand) sur l’inventeur.

  1. Voici une relation de cette présentation dans la presse de l’époque : « […] nous avons vu l’ingénieux inventeur qui a conservé encore les dehors simples d’un modeste ouvrier, prendre une page de caractères, enfiler ses lignes dans les baguettes creuses du cylindre distributeur, avec une rapidité extrême, aller s’asseoir ensuite sur le tabouret de son piano typographique, distribuer en quelques minutes les quinze ou dix-huit cents lettres de cette page, par la pression de simples touches ; la recomposer en même temps, réunir comme par enchantement et par le même travail mécanique des doigts, les lettres qu’il a éparpillées, et dans moins d’un quart d’heure étaler enfin de nouveau sous nos yeux émerveillés cette même page ressuscitée. » ↩︎
  2. Christian Sørensen mourut à quarante-trois ans. Même s’il a connu une période faste, il fait partie des inventeurs que leur passion a plus ou moins ruinés. C. Sørensen dut même mettre en gage sa médaille d’or de 1855 pour avoir de quoi manger… ↩︎