Burg
1895.
L’abbé Burg était curé à Mollkirch, en Alsace. C’est à Paris qu’il présenta, en 1899, sa machine aux rédacteurs de la presse professionnelle.
Citations empruntées à la Revue des industries du livre :
« La distribution se fait au moyen de crans combinés, peu profonds, 0,005 au plus ; la machine distribue tous les corps de caractères […]. La rupture des caractères, fréquente dans les machines analogues, est évitée, car ceux-ci dans leur course reposent toujours sur une partie pleine. Les caractères distribués sont envoyés dans les canaux de la composition. »
« La composition se fait au moyen de touches, comme dans la machine à écrire, ou au moyen d’une bande perforée. Les deux systèmes sont adaptés à la machine […]. »
« La composition sort en une ligne continue et la machine en détache des lignes de la longueur approximative de la justification déterminée. Le travail de l’ouvrier se borne donc à amener les caractères d’après le manuscrit, tout le reste est fait mécaniquement. »
« La justification se fait en remplaçant les espaces provisoires introduites à la composition par des espaces définitives que la machine détermine automatiquement et qu’elle introduit dans la ligne. »
A propos de cette justification, la machine Burg semble être la première à utiliser des « propositions de coupure » (discretionary hyphen pour les Anglo-Saxons). En effet, la détermination des fins de ligne est automatique, l’appareil séparant soit entre deux mots, soit, pour les mots longs, à l’endroit signalé par l’opérateur à l’aide de blancs provisoires spéciaux, lesquels sont enlevés s’ils sont inutiles, ou remplacés par une division s’ils se trouvent en fin de ligne.
Un autre principe que le crantage des caractères avait été étudié pour la distribution par l’abbé Burg. Comme il ne semble pas avoir été mis en pratique par d’autres inventeurs, il nous semble intéressant de le citer: « le paquet à distribuer est d’abord débarrassé par des aimants des espaces fines en acier ajoutées pour la justification, puis, la bande de papier perforé qui a servi à la composition tournant en sens inverse, chaque lettre va reprendre sa position première dans son canal respectif » (M. Gouilloud, 1910).
L’inventeur, recevant des journalistes dans son appartement au 3 rue de Wattignies, à Paris, reconnaît que sa machine « est en construction » ; mais il en a « les pièces détachées, provisoirement construites en bois »1…
En juillet 1904, le journal Inland Printer, reprenant une information du Caxton Magazine à Londres, apprend à ses lecteurs que l’abbé Burg, après beaucoup d’efforts, poursuivis dans le plus grand secret pour éviter les commentaires défavorables dont il a été l’objet, a terminé la mise au point de sa machine.

Réf. : Les Archives de l’imprimerie, 1899.
L’Intermédiaire des imprimeurs, 1900.
Inland Printer, juillet 1904.
- Voici un extrait de la visite du journaliste de L’Intermédiaire des imprimeurs à l’abbé Burg :
Nous entrons à sa suite dans un appartement du rez-de-chaussée, où des chambres se succèdent, toutes encombrées de planches, de tours à découper, de mécanismes bizarres…
[…] Nous avons devant nous une sorte de meuble constituant le corps de la machine à composer. M. Burg nous fait la théorie de sa distribution.
La machine en mouvement, des chariots se promènent sur une plate-forme, ainsi que des gens sur une terrasse; ils sont chargés, en passant, de lignes de composition. Par des saccades, qui ressemblent aux pas des marcheurs, ils laissent tomber, à chaque rainure correspondante, une lettre qui s’en va d’elle-même se ranger, sans aucun effort, et par son propre poids retombe toujours sur sa base. C’est inouï de simplicité et, si j’ose m’exprimer ainsi, le système distributeur de la Thorne paraît être, devant celui-ci, un mécanisme antédiluvien!
– Le système distributeur de la Thorne, remarque M. Burg, date de 1830; il est de l’invention d’un Français nommé Gobert.
– Nos compatriotes inventeurs, répondis-je, ne semblent pas avoir de chance en notre pays; ils sont toujours obligés de s’expatrier et avec eux leurs inventions. […]
– Je crois, en effet, dit M. Burg, que les industriels français sont plutôt trop prudents; les capitalistes de ce pays aiment mieux placer leur argent aux emprunts d’Etat que l’aventurer dans les affaires particulières.
– Vous les jugez, repris-je, d’un seul trait… Où se construit votre machine?
– En Allemagne! ↩︎